| On
se réfère aux écrits sur les insurrections du passé, on essaye de comprendre la guerre
irrégulière et den déduire des leçons applicables aux événements actuels. On
dépoussière des ouvrages allant des théories révolutionnaires de Mao Tsé Toung en
passant par les guerres dAlgérie, du Viet Nam et autres. Sur ces (re) découvertes,
on élabore de nouvelles théories, doctrines, stratégies qui risquent dengendrer
des conséquences contraires aux objectifs voulus. Bien que lhistoire des
insurrections soit un trésor inestimable, il faut la prendre avec beaucoup de
scepticisme. Lhonorable historien britannique, Sir Michael Howard, a reconnu que le
passé, quil avait dénommé avec justesse « une réserve inépuisable
dévénements », peut être utilisé pour « prouver nimporte quoi et son
contraire ».1
Il
nexiste aucune méthode fiable de déterminer avec précision si un événement est
enraciné dans une approximation proche du passé ou dans limagination de
lécrivain. Chaque événement dans cette «réserve inépuisable
dévénements » a été causé par duniques circonstances qui ne peuvent
jamais être répliqués ou complètement captés. Conséquemment, les leaders militaires
doivent apprendre à sonder «lhistoire » en développant une habitude de scruter
rigoureusement les faits et sources, de détecter les raisonnements biaisés et spécieux,
et de développer une capacité pénétrante à déceler les mythes qui entourent le
passé au lieu de se limiter à des incidents anecdotiques de lhistoire.
Lécrivain,
le chercheur et surtout lexpert en contre-insurrection doivent partir du principe
que lhistoire est un ensemble de connaissance incomplète, profondément partielle
dans certains cas et essentiellement et inéluctablement dynamique. Les analystes et les
praticiens de la contre-insurrection doivent examiner analytiquement le passé, plutôt
que par procuration, pour développer des compétences critiques rationnelles.
Lhistoire, contrairement aux suppositions populaires, nest pas le passé. Ces
termes sont employés dune manière interchangeable, incorrectement. Le passé veut
simplement dire ce qui cest passé. Lhistoire, par contre, est linterprétation
de ce qui cest passé par lécrivain.2 Comme le fait remarquer
lhistorien américain, Carl Becker, lhistoire nest quun peu plus
que la « mémoire collective des choses dites et faites. »3
Par
conséquent, lhistoire est très proche de la mémoire humaine : faillible et
sujette à un rappel sélectif. En tant que telle, elle est aussi manifestement
lidiosyncrasie de lécrivain et inévitablement imparfaite. Par conséquent,
il faut « étudier lhistorien [lécrivain] avant détudier les faits
», tel que le préconise lhistorien E. H. Carr.4
Notes
1.
Michael Howard, The Lessons of History: An Inaugural Lecture given
in the University of Oxford, March 1981, in The Lessons of History (New
Haven, Conn.: Yale University Press, 1991), p.11.
2.
Howard, Lessons. P. 11.
3. Carl L. Becker, What is Evidence? The Relativist ViewEveryman His
Own Historian, in The Historian as Detective: Essays on Evidence,
ed. Robin W. Winks (New York: Harper & Row, 1968), p. 7.
4.
E. H. Carr, What is History? (2d ed.: London: Palgrave, 1987), p. 30.
Vous
pouvez aussi lire cet article dans la revue Air & Space Power Journal
Retour
à la liste des publications.
Abonnez-vous
à Air & Space Power Journal en français,
gratuitement, version électronique ou/et papier. Abonnement.
|
|