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la littérature africaine et l'idéologie

par Rémy Madoui





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Projet de these, pour un Ph.D., présenté et soutenu. à la “Graduate School” de Pennsylvania State University - State College, Pennsylvanie en janvier 1975

     TABLE DES MATIÈRES
          Introduction
          Idéologie et littérature: Essai de définition
          Idéologie et littérature: “Culture politique”
          Naissance de l’idéologie nationaliste
          La littérature et l’idéologie politique aujourd’hui
          Conclusion

         Liste des ouvrages cites

INTRODUCTION

    “Mes yeux viennent à peine de s’ouvrir à ces   mystères de l’Afrique éternelle et dans ma soif de savoir, j’ai du plus d’une fois sacrifier ma petite prétention d’intellectuel en veston devant les silences des traditions quand mes questions par trop impertinentes voulaient lever un mystère.” (1)

    En essayant de définir l’Africanité, c’est-à-dire généraliser, on risque de pêcher par excès de bonne volonté, car toute généralisation porte en son sein ses excéptions, demande des modifications et conseille des réserves. Et nous savons qu’ “on ne peut faire de la bonne littérature avec de bons sentiments”.

    Mais nous pouvons avancer que l’Afrique est la somme d’une multitude de traits culturels qui sont communs à un grand nombre de sociétés africaines. Certains traits sont plus prononcés dans une société que dans une autre et même parfois absents chez le voisin immédiat. Mais l’héritage africain, indélibile et indéniable, est présent partout.

    Si nous nous élevons contre l’Afrique au “sud du Sahara”, ou contre toute autre délimitation, ce n’est pas tellement contre la notion elle-même – ne morcelle-t-on pas la littérature d’un pays en siècles, écoles, mouvements, … pour mieux étudier le contour, le détail, etc.? - mais contre l’excès. Progressivement, et les raisons sont multiples, nous voyons toute une partie de l’Afrique (l’Afrique du Nord et l’Arabo-bérbère) coupée de sa vocation africaine. Nous craignons donc, que les arbres aussi luxuriants soient-ils ne nous cachent la forêt. Cet héritage commun à tous les Africains est basé sur les similarités de l’expérience d’existence - de la lutte patiente de l’Africain, depuis des âges immémoriaux, à survivre sur une terre ingrate jusqu’à la réaction à la domination coloniale - et sur les échanges culturels qui ont eu lieu à travers les siècles à l’intérieur du continent.


    Aussi, l’Afrique n’est plus cette “essence” mystérieuse, ni un livre de connaissances “ésotériques” que seuls les initiés peuvent déchiffrer ou, d’une manière simpliste, une configuration de caractéristiques plus ou moins “exotiques”, propres à alimenter “nos coeurs deja vieux” (J. Brel), mais une expérience vécue d’un continent, d’un peuple, en un mot: une culture. Une culture que nous retrouvons partout dans les ramifications d’une société : l’organisation économique, la structure familiale, les institutions politiques, les concepts philosophiques, les éléments religieux ou rituels, les arts plastiques et graphiques, les arts du mouvement, le son et le verbe.

    Nous ne nous étendrons pas sur la vocation africaine du Maghreb et de l’Arabo-bérbère. Bien que la plupart des spécialistes de l’Afrique, surtout en littérature, sont en retard de plusieurs “phases” littéraires - ils tournent encore autour des thèmes archi-connus, archi-typés et archi-périmés, de la “négritude” et de “l’aliénation” - les Africains, et plus particulièrement l’intelligentsia, ont pris conscience depuis des années de cette Africanité. Cette Africanité, elle-même, n’est d’ailleurs qu’un stade provisoire. Elle doit seulement préparer vers “l’Universalité avec fidélité à soi” déja abordé par les meilleurs écrivains, et les moins connus parcequ’ils échappent à la catégorisation simpliste et académique.

    Nous citerons seulement à titre de témoignage, Léopold Sédar Senghor (poète, écrivain, linguiste, philosophe, théoricien, l’un des pères de la négritude et Président de la République du Sénégal, en un mot l’Africain “accompli”) qui déclarait en février 1967:

Je voudrais, en matière de conclusion, revenir sur le rôle de la médiation que les penseurs arabo-bérbères ont joué entre l’Europe et l’Afrique, et qui est leur vocation naturelle. D’autant que cette action répond à nos préoccupations. En effet, j’ai souvent pensé que l’Indo-européen et le Négro-africain étaient situés aux antipodes, c’est-à-dire aux extrêmes de l’objectivité et de la subjectivité. Et j’ai prôné, comme idéal de l’humanisme du XXe siècle, la symbiose de ces éléments différents, mais complémentaires. C’est précisemment, à la réalisation de cet idéal qu’ont travaillé tous les grands penseurs arabo-bérbères, qu’ils fussent du Machrek (2) ou du Maghreb (3), qu’ils soient chrétiens ou musulmans.”(4)  

            En 1946 déjà et, durant la période de la “négritude” et de “l’aliénation”, cet Arabo-bérbère en la personne de l’Algérien Jean Amrouche (poète, essayiste, critique littéraire) vécut jusqu’à l’exaspération le drame de sa multiple appartenance culturelle et les déchirements qu’impliquait cette “symbiose” dont parle Senghor. Voici cet être de la “médiation”: 

“Je suppose, pour plus de commodité, qu’il existe un génie africain; un faisceau de caractères premiers, de forces, d’instincts, de tendances, d’aspirations, qui se composent pour produire un tempérament spécifique… Jugurtha (5) représente l’Africain du Nord, c’est-à-dire le Bérbere, sous sa forme la plus accomplie: le héros dont le destin historique peut-être chargé d’une signification mythologique… Le Maghrébin moderne combine dans un même homme son hérédité africaine, l’Islam, et l’enseignement de l’Occident.” (6)

Et cet homme n’est plus “l’hybride culturel” expression très à la mode que nous retrouvons dans tous les articles de certains spécialistes sur les écrivains africains et surtout maghrébins. Cet homme est plutôt une synthèse qui veut “l’émergence d’un nouveau monde”. Dans un de ses poèmes, Mourad Bourbounne l’avait pressenti il y à une vingtaine d’années:


“A la pointe de la déchirure des chairs
Naît un homme nouveau…” (7)

Naît un Africain. Et un Africain qui n’est pas une fin en soi, un Africain tendu vers l’Homme, vers l’Universel. Et ainsi va sa littérature, celle que nous pouvons qualifier de Littérature.

Le choix d’un sujet impliquant l’idéologie politique et la littérature n’a pas pour mobile un militantisme ou un révolutionnarisme quelconque mais, parce qu’il me semble que la littérature africaine se trouve à un tournant décisif de son évolution. Elle se trouve en confrontation, de l’intérieur cette fois-ci (à l’opposé du fait colonial qui fut, malgré tout, un élément extérieur) avec une idéologie qu’elle a contribué à créer et dont elle risque de devenir prisonnière.

Du résultat de cette confrontation, qui ne fait que commencer, dépend sa survie et sa mue - soit en tant que littérature qui se respecte ou bien s’assujettir à une idéologie, bénéfique ou maléfique, et finir en documentation qui fera le délice des anthropologues, sociologues, psychanalistes, … de tous à l’exception des gens de Lettres.

L’avenir et l’intérêt de la littérature africaine ne semblent pas résider dans la négritude ni dans l’arabité ni dans l’aliénation ni dans le militantisme, thémes rabachés depuis des années sur un corps défunt mais dans les créations d’écrivains qui n’arrivent pas à attirer l’attention des critiques académiques parce qu’ils ont eu l’audace de sortir du cercle vicieux et essaient de faire éclater le cadre dans lequel on a enfermé la littérature africaine.

Le but de cette étude n’est pas de traîter tous les cas que présentent ces relations complexes entre les idéologies et la littérature, à cause des facteurs temps et espace impartis, mais de faire ressortir l’aspect le plus saillant, ses causes et les conséquences qui en découlent.

Cette confrontation paraît être déterminante quant à l’évolution de cette littérature. L’idéologie politique risque d’être le nouvel obstacle sur la voie de cette marche vers l’Universel que les écrivains africains avaient, dès l’origine, choisi comme idéal. Le conflit est à l’état latent et les symptomes sont nombreux. Quel sera le terrain de ce conflit ? Son thème ? Sur quoi débouchera-t-il ? En quoi la littérature universelle sera-t-elle enrichie ou diminuée ? … Peut-il exister une théorie en la matière qui nous aiderait à comprendre et à expliquer ce phénomene ? Voila des questions pressantes qui méritent notre attention. Le sujet est vaste et vaut une chandelle.


C’est pour cette raison que je pense développer, éventuellement, ce thème en tant que thèse de doctorat, en le limitant à l’étude d’une littérature particulière (algérienne), où le mal a déjà fait son entrée, mais en gardant cette littérature dans un contexte maghrébin et africain, sans pour autant perdre de vue la soeur-ainée-occidentale de l’autre côté des mers, en l’occurrence la littérature française.

Dans la présente étude, nous nous contenterons d’en montrer le chemin.


IDEOLOGIE ET LITTERATURE

Essai de Définition

La littérature reste à notre époque, ou même devient plus que jamais, avec les nouveaux pays indépendants, un secteur clé des débats idéologiques. Les thèmes qu’elle peut contenir, sa capacité d’action sur un public de plus en plus vaste, les rencontres qu’elle peut faire avec de nombreuses disciplines, tout cela contribue à lui donner son importance sociale.

Dans le cadre de ce sujet, “idéologie” est pris au singulier, ce qui limiterait l’étude à la question du rapport de la littérature à l’idéologie en général. Ainsi nous reporterons le centre d’intéret sur la littérature elle-même.


Le statut de la littérature nous porte au centre du problème; c’est l’idéologie qui le lui donne. Par conséquent, ce n’est pas un problème particulier à l’Afrique. La spécifité du fait littéraire n’est toujours pas définie. Aucune méthode d’approche n’a réussi à la véritablement cerner. Dans la production littéraire, les psychanalistes trouveront leur bien et les structuralistes, et les formalistes, et les semioticiens, et les politiques… Mais c’est la lutte idéologique qui, en fin de compte, tranche, suivant le rapport des forces. L’histoire semble confirmer cette réduction de la littérature à l’idéologie:

“Chez un peuple privé de liberté, la littérature est le seul tribunal du haut de laquelle il puisse entendre les cris de son indignation et de sa conscience.” (8)

C’est ce que fut la littérature africaine (pour nous limiter au contexte du sujet) à l’époque coloniale et, dans une certaine mesure, post-indépendance et que nous retrouvons dans des écrits actuels chez quelques écrivains européens : Grecs, soviétiques, … dont le dernier en date est Solzhenitsyn.

Aucune théorie de la littérature n’a jusqu’a présent réussi à la dégager de l’idéologie. Une lecture des magazines, revues et brochures françaises, par exemple, se réclamant d’une idéologie ou d’une autre peut nous éclairer sur ce qu’on entend aujourd’hui par idéologie lorsqu’on écrit littérature.

L’Afrique n’échappe pas à ce phénomene, d’autant plus qu’elle est encore très proche de son passé colonial et en quête de sa vocation. En parcourant quotidiens, hebdomadaires, mensuels, revues - même sportives – provenant d’Afrique, il est rare de ne pas trouver quelque part le mot “idéologie” ou l’un de ses dérivés ou synonymes. “Idéologie” devient un cri de ralliement qui tend à remplacer les deux autres puissants leit-motiv : “Indépendance” et “Révolution”. L’Afrique toute entière semble baigner dans un climat idéologique.

Que veut dire ce mot singulier d’idéologie ? Dans le terme “ideo-logie” nous trouvons deux mots grecs – soit : idea : aspect, apparence, forme; conception de l’esprit, et : logos : discours.

Au point de départ et sous l’influence de la grammaire de Condillac, l’idéologie est un “discours sur les idées”, c’est-à-dire sur les éléments du langage. Un “langage” sur les “idées” : sur les vues (eide) de la pensée, sur la percéption du monde, et ce qui est imaginaire dans cette percéption. À la suite de la querelle politique et littéraire qui a opposé les “idéologues” condillaciens à Napoléon, le mépris napoléonien pour ce “discours” lui a laissé cette connotation inéffaçable: l’idéologie est désormais “ce rapport imaginaire à des conditions d’existence réelle(9). Par ce fait l’idéologie devient “littérature”, chez Napoléon avec un sens péjoratif. Si “le rapport “vécu” des hommes au monde… passe par l’idéologie, bien mieux, est l’idéologie elle-même (10), alors l’idéologie est le champ même de ce qui est communément pensé comme “objet littéraire”. Althusser distingue l’idéologie de la science de cette manière:

“… disons que l’idéologie comme système de représentation se distingue de la science en ce la fonction pratico-sociale l’emporte en elle sur sa fonction théorique (ou fonction de connaissance).” (11)

Et dès lors, la “lettre” s’est confondue avec sa propre fonction pratico-sociale. Déjà au début du XIXe siècle, sous le premier Empire, il fut affirmé que la littérature est “l’expression de la société” en s’en prenant brutalement à Diderot et aux “horreurs de la Révolution”.

Depuis le Marxisme-léninisme, cette emprise ne pouvait que continuer à s’enserrer. Ainsi et en général, on fait référence aux révolutionnaires plutôt qu’aux autres, comme si le succès des révolutions qu’ils ont dirigées, ou avec lesquelles ils étaient associés, leur conférait un pouvoir particulier dans l’évaluation des questions de la littérature. Ce rapport priviligié à une certaine conception de la pratique se retrouvera lorsqu’il s’agira de montrer le “révolutionnarisme” qui confond volontiers politique culturelle et esthétique.

L’Europe a eu Lenine et jusqu’à un certain degré l’influence de Mao Tsé Tung, l’Afrique subira l’influence des deux et surtout celle de son propre “fils”, Frantz Fanon. Même s’ils n’ont laissé aucun ouvrage précis sur la question, certains notent que malgré l’absence d’une théorie d’ensemble, les fondateurs de cette théorie ont laissé des textes qu’organise une certaine cohérence débordant le caractère de contingence ou du militantisme immédiat.

 IDÉOLOGIE – LITTÉRATURE : “CULTURE POLITIQUE

Naissance de l’idéologie nationaliste

      Frantz Fanon n’a pas manqué de souligner l’importance de l’idéologie durant la phase des libérations nationales. Il lui confère un rang sans égal dans la hiérachie des préoccupations africaines. Exprimait-il un sentiment existant ou fut-il novateur ? Cela est une autre question, mais son influence, directe ou indirecte, ne fait aucun doute :

      La libération de l’individu ne suit pas la libération nationale. Une authentique libération nationale n’existe que dans la mesure expresse ou l’individu a amorcé irreversiblement sa libération. Il n’est pas possible de prendre ses distances à l’égard de l’idée que le colonisé se fait de lui-meme à travers le filtre de la culture colonialiste.” (12)

Il s’ensuit que :

    Le colonialisme et ses derivés ne constituent pas à vrai dire les ennemis actuels de l’Afrique. A brève échéance ce continent sera libéré. Pour ma part, plus je pénètre les cultures et les cercles politiques, plus la certitude s’impose à moi que le grand danger qui menace l’Afrique est l’absence d’idéologie.” (13)

Si le mot ne fut lâché qu’en 1960 - par cet écrivain maquisard célèbre et dont le prestige faisait tache d’huile à travers l’Afrique et le Tiers Monde son importance réside dans le fait que ce mot coïncidait avec la période de la négritude et de l’arabité dans sa phase de “reconquête culturelle” à son zénith.

Cela ne veut pas dire qu’il y avait absence d’idéologie politique, bien au contraire, les élites nationalistes africaines étaient extrémêment politisées et rodées à tous les arcanes parlementaires et politiques. Elles étaient marxistes, S.F.I.O., démocrates, républicaines … à la française. Mais dès lors, il fallait assumer son “idéologie” comme on assume sa négritude et son arabité.

Selon Fanon, l’authentique libération est la libération de l’individu, et, la condition sine qua non de cette libération est de “prendre ses distances à l’égard de l’idée que le colonisé se fait de lui-même à  travers le filtre de la culture colonialiste”. L’idéologie étant aussi la science des idées, quoi donc de plus légitime et de plus passionnant pour un intellectuel que de lui faire “amorcer irréversiblement sa libération”.

Les penseurs et écrivains s’en chargèrent, chacun dans son domaine, et les dirigeants africains n’ont jamais manqué une occasion d’insister sur la nécessité d’un effort d’élaboration idéologique. Et ceci, au point où le pragmatisme et l’empirisme de certains gouvernements africains, tel celui de Madagascar, sont considérés comme porteur d’une idéologie néo-colonialiste implicite.

Nous venons de voir par quel processus la “reconquête culturelle” a glissé vers la “reconquête idéologique” pour n’en former qu’une seule et même chose. Ce mariage de raison ayant lieu à la période de lutte pour l’indépendance, le primat fut donné, sans aucune scène de ménage, à l’idéologie politique. Ainsi, le phénomene historique s’est répété. L’élément esthétique étant inséparable de la culture, la réduction de la littérature à l’idéologie s’est faite à travers la culture. Cela a donné naissance à une “culture politique”.

Notre but n’est pas l’examen des programmes officiels mais celui des grands thèmes de cette culture politique pour essayer de situer les contours de l’idéologie en Afrique et de déceler son influence politique et littéraire.

D’ailleurs politiquement, les grands traits sont bien apparents, nous les trouvons tous ou en part dans chaque état : primauté du parti unique, rôle de l’armée “gardienne” de la Nation, décentralisation des collectivités locales, nationalisations des grands moyens de production, encouragement du capital national sous d’assez sérieuses réserves, encadrement sévère du capital étranger, “révolution agraire”, affirmation de la personnalité africaine - nègre ou arabo-bérbéro-musulmane.

La culture politique, au sens large du terme, est définie en général comme “un système de croyances empiriques, de symboles expressifs et de valeurs qui délimite le site de l’action politique” (14). Elle détermine des “modèles d’orientation qui donne forme au processus politique” (15). Donc, toutes les expériences: familiales, scolaires, engagements passionnels, polarisations affectives, etc… en constituent la base fondamentale.

En essayant de rechercher les “thèmes communs” de la culture politique africaine, sans s’arrêter aux différenciations sociales qui qualifient chaque thème selon le milieu où il s’inscrit, celui qui nous saute aux yeux est le thème du sol, de la terre, de l’espace, de la nature,… enfin le thème de la géographie. Ce thème parait être le symbole expressif par excellence et porteur d’une multitude de valeurs que nous retrouverons dans tous les domaines.

Mais cette terre, même en termes politiques, n’est pas saisie d’abord en déterminations matérielles. Ce qui désoriente l’économiste occidental d’autant plus que ces pays sont sous-développés, des “quasi-nations”, qui souffrent de l’absence de techniques, d’épargne, de capital à investir et dont la poussée démographique leur pose un dur problème de nourriture. Ces rapports avec la nature sont viscérals. Dans son effort pour se rassembler, l’Africain veut, conjointement, rassembler sa terre et son ciel. La nationalisation du canal de Suez, en 1956, les centaines d’autres nationalisations à travers l’Afrique sont considérées comme rétorsion politique ou comme récuperation économique. Mais plus profondément, elles signifiaient une réappropriation de l’homme africain de sa géographie. De la vint sans doute le vertige populaire qui accueillit ces décisions dont certaines furent fort chanceuses et d’autres tournant carrément à la catastrophe, si l’on s’en tient à la tactique politique et économique.

Ce besoin impérieux de réappropriation est traduit chez l’écrivain par la nécéssité de s’enraciner dans cette terre. S’il n’est pas lui-même paysan ou d’origine paysanne, il le deviendra en s’identifiant à son malheureux compatriote :

“On l’a (l’écrivain) expulsé de sa langue comme on avait exproprié les fellahs (16) de leurs terres.” (17)


Plus encore que la douleur physique, la torture, les horreurs des combats, l’écrivain, le poète, s’attachent à dépeindre la souffrance de la dépossession, du déracinement, de l’exil. C’est Jean Amrouche qui témoigne:

“On a jeté les Algériens hors de toute patrie humaine
On les a faits orphelins
On les a faits prisonniers d’un présent sans mémoire
Et sans avenir
Les exilant parmi leurs tombes de la terre des Ancêtres
de leur histoire de leur langue et

de la Liberté.” (18)

Il faut entendre cet appel de Nourredine Aba :

“Seigneur nous avons faim
Et les épis qui germent se cachent de nous
Seigneur, les oiseaux fuient notre approche
Seigneur, il n’est plus personne
Pour oser nous regarder passer.” (19)

et ce qui perce de rancoeur dans ces vers de Nordine Tidafi :

“Ils ont nié la certitude de notre terre
……………
Ils ont exilé les joies humble de nos chaumières
Lentes au retour du maïs…” (20)

Avec ce thème du déracinement, de l’exil et de la repossession est né un “sentiment de la nature”.

Toutefois, ce sentiment de la nature ne peut s’apparenter au préromantisme européen car certains aspects encouragent vers cette direction : une éthique, une métaphysique, une pure sensualité, les accords du sentiment et de la chair et celles de l’homme avec la femme, l’exaltation que provoquent certains paysages, un coucher de soleil, un paysan bêchant son jardin ou son lopin de terre, ou le mouvement d’une belle femme.

L’idée de nature n’a pas le même sens pour l’un et pour l’autre; elle est implicitement liée chez Rousseau à l’Aufklarung, à la philosophie sensualiste, à la conception de l’entendement d’après Condillac, à un certain panthéisme (mythe de la “bonne” nature) ainsi qu’à la pensée économique du XVIIIe siècle (le mythe des origines donne sens au Discours sur l’inégalité et permet à Rousseau de formuler l’idée d’un contrat social). Et le préromantisme coïncidait avec la prime industrialisation, et tous deux avec la découverte d’une nature d’outre-mer, nous pourrions aussi parler de précolonisation.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que “le sentiment de la nature” européen coïncidait avec la précolonisation et “le sentiment de la nature” africain avec la prédécolonisation. De là le pressentiment de Rousseau et de Diderot, qui fait d’eux des anticolonialistes avant la lettre. Rousseau au nom de l’éthique, prenait le contrepied du progrès matériel et même d’une certaine civilisation :

“C’est à une spontanéité de l’homme naturel, celle à la fois de la raison et du sentiment, qu’il redemande les principes du regroupement humain.” (21)

Il oppose ainsi l’idée de pacte, c’est-à-dire de la délibération et de la conscience, à l’irrationalité des abus, du despotisme et de la superstition et préconise un recours aux instincts de l’état initial.

De même, Diderot avait l’ambition de conjoindre dans un projet valable pour tout le genre humain les pouvoirs de l’encyclopédisme, les devoirs de la mondialité, et l’inspiration de l’homme naturel. (22)

Que restait-il de ces avertissement, si avertissement il y a ? La “nature” préromantique, c’est-à-dire la beauté des paysages (la “bonne” nature) et des êtres (“le noble sauvage”) leur confère aux yeux de l’Occidental, un privilège de simplesse, elle l’attire surtout par la promesse de bonheur. Un bonheur des “origines”, indistinct du bien et du mal, quelque chose de vièrge et d’énivrant. L’homme occidental se fait le défricheur du jardin d’Eden, le chasseur de bêtes sauvages.

Puis à l’aube du romantisme, de l’industrialisation et des empires, la bourgeoisie finit l’oeuvre commencée, elle sépare la technique de l’humain. De ces démembrements, l’ouvrier européen et le colonial ont fait les plus gros frais.

Mais cette usurpation de la nature, dans les métropoles industrielles, prolétaires et déracinés, à l’opposé du colonial, récupérèrent, jusqu’à un certain point, la richesse qu’ils créent. Le paysage qui se transforme autour d’eux est leur oeuvre après tout. Ils sont aliénés, déracinés, mais non pas dénaturés.

Or c’est ce qui est arrivé à “l’indigène” quand la puissance étrangère accapare sa nature à lui, en détache sa culture, et le dénomme, significativement, “primitif”, parce qu’on lui dénie sa culture, ou “naturel”, parce qu’il n’est plus qu’objet de la culture des autres. Le phénomène culture-nature a été affecté au plus profond. Il n’est donc pas surprenant que la première tâche de l’Africain (écrivain ou autre) fut de rétablir cet équilibre entre la culture et la nature.

En restant dans le contexte de “libération” de Fanon, il n’est pas osé de déduire que : un peuple qui se libère n’y parvient que s’il traduit des rapports - eux-mêmes renouvelés plutôt qu’hérités - entre sa terre et lui. Désormais, les écrivains amplifieront ce thème de terre, de nature… qui deviendra, progressivement, synonymes d’Ancêtres, de Pays, de Patrie et de Nation, et, contribuera à formuler une idéologie nationaliste des plus exacérbée:

“Etrange est mon pays où tant
De souffles se libèrent
Les oliviers s’agitent
Alentour et moi je chante:
Terre brulée et noire
Mère fraternelle,
Ton enfant ne restera pas seule
Avec le temps qui griffe le coeur…
Mais ma voix ne s’arrêtera pas
De héler plaines et montagnes…” (23)

En cette occurrence, l’écrivain ne peut s’abstenir des tâches politiques et il s’agit avant tout pour lui de raffermir la conscience nationale. Cela, les romanciers et surtout les poètes l’ont profondément ressenti. Le thème de “la terre” revient comme un archétype à travers la poésie et dans le roman. Mais la patrie n’apparait jamais comme une idée abstraite même quand elle est exprimée symboliquement; elle s’incarne toujours dans une terre déterminée; c’est cette terre qui est source d’espérance charnelle.

Pour Jean-Joseph Rabéarivelo, la patrie trouve son symbole dans la majestueuse Tananarive:

“Salut, terre royale ou mes aïeux reposent,
Grands tombeaux écroulés sous l’infini des temps;
et vous, côteaux fleuris que des fleurs arrosent
avec leurs ondes d’or aux reflets éclatants!” (24)

Pour Anna Greki c’est dans les Aurès, à Menâa (Algérie), le village où elle est née que la patrie trouve son symbole :


“Tout ce qui me touche en ce monde jusqu’à l’âme
Tout ce que j’aime et ce que je fais jusqu’à présent
A des racines là-bas
Au-delà du col de Gerza à Menâa.” (25)
                        (Ecrit en prison)

C’est la vallée de la Soummam pour Malek Haddad :

“La Soummam était bleue du côté des enfances,
La neige s’amusait à meriter les cîmes,
Les figuiers conservaient dans leur longue patience
L’espérance d’un fruit à la taille des crimes.
Rendez-moi ma vallée qu’un ancêtre inventa.” (26)

Chez Aimé Cesaire le pays éclate en force surhumaine, surréelle et le Poète redevient “petit” dès qu’il sent sa main dans celle de son pays :

“… Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la pénétrante guêpe apocalyptique.”  (27)

Le pays est assimilé à une femme, c’est la maîtresse du Poète et l’érotisme sacré :

“Je mords ta chair vièrge et rouge
avec l’âpre ferveur
du mourant aux dents de lumière,
Madagascar!
--------------------------------------
Un viatique d’innocence
dans mes entrailles d’affamé,
Je m’allongerai sur ton sein avec la fougue
du plus ardent de tes amants,
du plus fidèle,
Madagascar!” (28)

L’Afrique dans toute sa sensualité qui colle à la peau. Il faut la porter comme une obsession:

“C’est l’Afrique collée à la chair du Nègre comme une carapace, l’Afrique collée au corps du Nègre comme un sexe surnuméraire. L’Afrique qui ne laisse pas tranquille le Nègre, de quelque pays qu’il soit, de quelque côté qu’il aille ou vienne.” (29)

Les romanciers se sont complus, dès leurs premières oeuvres à décrire la vie des paysans et leur attachement à la terre; de même ils peindront avec beaucoup d’émotion cette terre aride, ingrate, ces villages sales, aux rues tortueuses, ces misérables marchés, les assemblées, réalites pitoyables, mais qui sont part d’héritage qu’ils ne sauraient aliéner.

Sans doute cette terre n’est le plus souvent si attachante que parce qu’elle est le berceau natal, ou parce que l’enfant s’y ébattait en liberté. Et peut-être soupconnera-t-on certains d’entre eux de céder à la nostalgie de l’enfance perdue. Mais plus profondément, cette terre est mémoire, le testament de l’Ancêtre (“Rendez-moi ma vallée qu’un ancetre inventa”, écrivait Malek Haddad) fondateur de la tribu, celui, qui, en toute liberté, engendrait le peuple. Dès lors, la remontée dans le temps peut se poursuivre très loin, jusqu’à ressuciter des villages, des tribus,… disparus à jamais.

Même le râle sous la torture est “un chant d’avenir”, un chant du pays. Une des héroïnes d’Assia Djebar, Salima, emprisonné, entend les cris d’un compatriote qu’on torture, et, saisie d’une exaltation sauvage :

“Voici le chant de l’avenir, murmure-t-elle à mi-voix, silhouette jaillie au centre de ce cachot vide, frémissante d’ardeur et, pourquoi pas, de joie… Le chant de mon pays, reprend-elle, tandis-que l’homme reprend aussi, râles d’abord saccadés, brefs puis qui se gonflent de nouveau en un seul cri immense, que Salima suit de toute sa volonté, parce qu’il lui semble qu’au bout, il ouvre une porte sur l’azur.” (30)


Au total, pour tous ces auteurs, exprimer leur attachement à la terre, à leur terre, à cette terre dans laquelle ils sont “ensemencés”, selon le mot d’Anna Greki, c’est en appeler à l’âme, au génie de leur peuple, et c’est aussi bien nouer au plus profond les liens de fraternité présente. Dans ces pays qui se cherchent et se créent, tous se sentent solidaires. La terre est ainsi un domaine des “possibles”, un jaillissement des énergies cachées. Un poète algérien, Kateb Yacine, dans Nedjma, (31) suggère cette intériorité explosive, par un symbole de la terre : la grotte. De cette grotte, le peuple allait sortir après s’y être longtemps receuilli. Cette grotte peut s’appeler religion, éthique familiale, sexualité, recours à l’antre, avec tous les développements que cela suggère du point de vue psychanalytique et mythographique.


LA LITTÉRATURE AFRICAINE ET
L’IDÉOLOGIE POLITIQUE AUJOURD’HUI

Il existe donc une “unanimité” originelle entre l’idéologie politique et la littérature d’un pays. Du moins, cela s’avère plausible en ce qui concerne la littérature africaine. L’auteur africain est aux prises avec son pays comme il l’est avec lui-même et son art. Il partage le drame de son pays et de son peuple. Sa difficile tâche est souvent de participer à la formation, à l’éducation de la société dans laquelle il vit de toutes ses entrailles et, de pouvoir s’en dissocier pour l’analyser, l’expliquer, aux siens et au reste du monde, car malgré lui, son pays (et par extension l’Afrique) trouve dans ses démarches, même les plus partielles, son expression totale. Et ce, avec tout le déchirement qu’entraîne cette démarche qui oscille entre la psychologie de l’auteur et l’histoire de son pays.

De par la situation coloniale et son héritage, l’auteur africain est aussi acculé au “politique”, s’il n’est pas devenu lui-même politicien (Senghor, Cesaire, Fanon, Lacheref,…). Encore aujourd’hui, nous constatons une littérature portant en soi une dimension politico-sociale. Pour les meilleurs écrivains, non pas par un choix délibéré mais souvent par nécessité.

Jusqu’aux indépendances, le littéraire et le politique allaient main dans la main sans risque de grands heurts. Les seuls faits notables furent des querelles de clochers, sans conséquences de grandes envergures dans l’immédiat, ni pour l’un ni pour l’autre. Mais il existait à l’état latent la remise en question de l’inter-dépendance du littéraire et du politique.

Hormis les démêlés politico-idéologiques et tactiques entre Senghor et son prime parti ou, les critiques quelquefois acerbes et paternalistes contre “les intellectuels modérés et bourgeois” algériens ou africains en général, de Frantz Fanon, le tout fut remis à plus tard. Il n’y eut pas de confrontation qui puisse retenir l’attention. Il y avait plus brûlant, plus important sur la planche. L’indépendance, la décolonisation politique, sociale, économique et culturelle, la crise du langage, l’incertitude fondamentale du conflit de deux cultures et de deux civilisations à résoudre, le travail de reconquête avec sa décolonisation de l’histoire et ses impératifs de l’Africanisme.

L’indépendance conquise et après l’euphorie des premières années, l’auteur et l’intellectuel, au sens large du terme, africains se trouvent aux prises avec un problème qui parait insurmontable, un nouveau dilemme. Ils ont, directement ou indirectement, contribué à la naissance de ce nouvel état et ont également, directement ou indirectement, construit l’échafaudage de cette idéologie avec laquelle certains se trouvent en conflit aujourd’hui, plus ou moins ouvertement.

La solution peut paraître simple mais à la différence de leurs homologues occidentaux, ils ont conscience que dans leurs pays où l’analphabétisme atteint encore des proportions éffarantes, la moindre connaissance, la moindre énergie, le moindre talent, sont indispensables à des tâches plus “pratiques”. A des tâche de “reconstruction”.

Quelle que soit la décision, le sacrifice est lourd. “L’effort de conscience que fait un écrivain ne présente pas toujours pour lui la fin des difficultés, ça ne fait que commencer”, nous dit Kateb Yacine. (31)

Beaucoup d’entre eux ont déjà sacrifié leur art-naissant pour se consacrer entièrement à ce travail. Il serait fastidieux d’en dresser une liste. Quels que soient les motifs, saluons au passage cette noble décision.

D’autres ont choisi de travailler dans la ligne de démarcation que cette idéologie et leur engagement leur permettent. Ils continuent une oeuvre de récuperation, d’interprétation, quelquefois admirable. Ils sont les penseurs, les physiciens, les pronosticateurs ou les chantres du régime ou du parti. Nous les retrouvons à tous les niveaux administratifs, dans les cabinets gouvernementaux, les officines politiques, dogmatiques, littéraires de tout genre, la presse, etc…

Il est à regretter que, souvent, leurs oeuvres dégénèrent en polémiques stériles, flatteries et parfois en pure démagogie. La majorité peut être, simplement, qualifier de “poètes courtisans”. Le reproche le plus violent et le plus impitoyable leur fut lancé par Sembène Ousmane:

   La débilité de l’homme de chez nous - qu’on nomme notre africanité, notre négritude - et qui, au lieu de favoriser l’assujetissement de la nature par les sciences, maintient l’oppression, développe la vénalité, le népotisme, la gabégie et ces infirmités par lesquelles on tente de couvrir les bas instincts de l’homme - que l’un de nous le crie avant de mourir - est la grande târe de notre époque. Et l’on pousse la surenchère de la spéculation intellectuelle sur notre société contemporaine, charnière de notre passé et de notre avenir, sur la sociabilité de nos pères, nos arrière-grands-pères.” (32)

Cette littérature, produit de quelques écrivains versant dans le larbinisme selon le mot de Jean Dejeux (33), paraît être celle qui correspond le mieux à l’idéologie politique post-indépendance. Elle est d’ailleurs acceptée, protégée et encouragée par les régimes en place. Nous prendrons un pays africain spécifique, l’Algérie, pour cette comparaison. Il suffit d’analyser quelques aspects du Manifeste des Écrivains Algériens pour voir le lien étroit qui existe entre elles :


Réunis en Assemblée Générale à Alger, en 1963, des écrivains connus pour leurs travaux littéraires et leur attitude pendant la guerre de libération, ont constitué l’Union Nationale des Écrivains Algériens, dans la perspéctive d’une large Fédération des Arts et Lettres.”

Ceci étant l’introduction et la base fondamentale du Manifeste, les travaux littéraires d’un écrivain ne font de lui un écrivain à part entière qu’en fonction de son “attitude pendant la guerre de libération”. Cette introduction n’est donc qu’un principe sélectif car, dans une Algérie se voulant démocratique, socialiste, populaire et révolutionnaire, l’écrivain doit s’engager, entre autres, à :


“exprimer dans (ses) oeuvres ce qu’il y à de meilleur dans (les) traditions populaires, traduire dans toute leur complexité les aspects de la vie (du) peuple, contribuer à renover, par tous les moyens à sa disposition (le) patrimoine culturel, promouvoir une culture nationale, profondément populaire d’origine et de vocation, imprégnée de l’esprit scientifique, résolument engagée dans la voie révolutionnaire comme le prévoit le Projet de Programme de Tripoli (34) et ouverte sur le monde, répandre cette culture par la publication de brochures et bulletins, l’édition d’ouvrages, les traductions, l’organisation de conférences, colloques, congrès, d’émissions radiophoniques et télévisées, de séances théâtrales et cinématographiques, d’expositions, de concerts, la commémoration des dates historiques et des événements intellectuels, la participation aux manifestations culturelles internationales, ou tous autres moyens, en liaison avec les organisations spécialisées dans ces domaines.”

En somme, toute forme esthétique est monopolisée au service de la culture populaire, “culture politique”, et de sa propagation par un système de propagande intensifiée et coordonnée par “les organisations spécialisées dans ces domaines” (le 5e Bureau français aura fait école!) à l’intérieur du pays, pour l’éducation du peuple et :


faire connaître à l’étranger la culture algérienne, dans l’esprit d’amitié et d’échanges fructueux avec tous les peuples.

L’écrivain doit, aussi, aider selon ses forces à la lutte contre l’analphabétisme et l’inculture, à l’élevation du niveau d’éducation du peuple mais“dans un esprit de progrès et de lutte contre la facilité et l’égoïsme”. Ceci vise les écrivains qui refuseront de cautionner l’idéologie nationaliste; leur oeuvre sera qualifiée de facile; ils seront égoïstes puis “traîtres”. L’écrivain doit rester ouverts aux courants les plus audacieux de la recherche intellectuelle contemporaine mais afin d’en tirer parti, d’approffondir (sa) connaissance et de mettre les plus fructueux de ces essais au service de notre Révolution”. Il ne doit jamais professer ni admettre aucune discrimination à cause de l’origine, de la naissance, de la langue, des convictions et des croyances, ainsi la liberté d’expression et de pensée est assurée pour tous mais contribuant à donner à la République Algérienne un contenu de plus en plus démocratique et populaire”.

L’écrivain ne peut être qu’ “engagé” car il doit “joindre (ses) efforts à ceux de ses confrères étrangers qui luttent contre le colonialisme, ancien et nouveau, pour la paix mondiale et l’amitié entre tous les peuples”,

Il doit aussi“resserrer (ses) liens avec (ses) confrères du Maghreb, du Monde Arabe, d’Afrique et du Tiers-Monde dans une perspective révolutionnaire”.

Enfin et surtout, et pour clore le Manifeste, les écrivains ne doivent jamais oublier que :

“Algériens parmi les Algériens, en mettant notre travail au service du peuple, nous proclamons ainsi notre d’être pleinement des frères parmi nos frères, libres parce que nous faisons partie d’un peuple libre, mais engagès vis-a-vis des notres parce que nous n’oublions pas que c’est de ce peuple que nous tenons notre liberté.” (35)

Si dans ce Manifeste les termes révolution, socialisme, engagement, etc. reviennent souvent, l’assiette de ce texte est le “peuple”.

“L’Algérie devient aujourd’hui l’immense chantier de l’énergie populaire, un laboratoire pour les recherches de l’art, de la science, et pour, l’épanouissement des consciences (36) résume ce manifeste littéraire et l’idéologie politique actuelle, tous deux nés du Projet de Programme de Tripoli. L’aspect révolutionnaire de la culture est lié à la démocratisation de l’enseignement, de l’éducation. La littérature étant l’expression de cette culture, voici comment elle est définie par la Chartre de Tripoli :

“En tant que culture révolutionnaire, elle ne sera ni une culture de caste fermée au progrès, ni un luxe de l’esprit. Populaire et militante, elle éclairera la lutte des masses et le combat politique et social sous toutes ses formes. Elle “réfléchira” sans cesse les aspirations du peuple, ses réalités et ses conquêtes nouvelles, ainsi que toutes les formes de ses traditions artistiques.” (37)

Elle doit donc :

“… reconstituer, revaloriser et faire connaître le patrimoine national et son double humanisme classique et moderne, afin de les réintroduire dans la vie intellectuelle et l’éducation de la sensibilité populaire.” (38)


Ainsi et peu importe l’appellation des gouvernements africains en place : socialiste, démocratique, populaire, révolutionnaire, etc. Tout ce qui représente la vie africaine aujourd’hui - de son orientation économique, en passant par l’attitude des Africains et de leurs leaders, jusqu’à ce mouvement littéraire cohabitant avec cette situation - reflète et exprime un populisme qui est l’ossature de cette idéologie africaine dénommée Nationalisme.

Et cette idéologie - Nationalisme - n’est pas contradictoire avec le populisme qui:

“souscrit à deux principes fondamentaux: la suprématie de la volonté du peuple, identifiée avec la justice et la moralité, sur toute norme; l’importance d’une relation directe entre le peuple et ses leaders indpendamment des institutions”.(39)

D. Easton distingue trois fonctions du populisme: la fonction “partisane” qui évoque les croyances permettant d’organiser l’opinion sur le comportement des activités politiques. La fonction de “légitimation” concerne les croyances soutenant ou contestant le régime et le droit des autorités à gouverner. La fonction “communautaire” concerne la persistance ou le changement de la communauté politique. (40)

L’idéologie en Afrique, fortement polarisée sur l’identification à la communauté à travers la Nation et le Peuple - tout comme nous venons de le voir dans l’analyse du Manifeste et qui concorde avec les fonctions du populisme - a donc une fonction communautaire déterminante. La puissance du sentiment national renforce les régimes qui ne s’écartent pas du bien commun du nationalisme. Le soutien que la population porte au système s’exprime à travers un parti unique de préférence ou d’un parti à base populaire. C’est peut-être pourquoi les partis uniques, bien que constamment critiqués, conservent une légitimité inégalée. Peu importe qu’il fonctionne mal au jour le jour, le soutien que leur apporte le peuple s’adresse au symbole du régime, non au gouvernement réel.

Ainsi dans une idéologie où le populsime en est l’ossature, le politique et le littéraire se rencontrent dans le premier principe fondamental qui est “la suprématie de la volonté du peuple, identifiée avec la justice et la moralité, sur toute norme”; tandis que le deuxième principe, la littérature joue un rôle important, s’il n’est pas vital pour la survie du système, car, en assumant la culture populaire, la littérature devient le lien de cette “relation directe entre le peuple et ses leaders indépendamment des institutions”. La littérature ne peut donc que s’assujettir à l’idéologie politique et épouser les mêmes principes de base, en tirer une force immédiate - celle du Pouvoir politique - et périr, ou bien rejeter cette interdépendance et en l’occurrence le Nationalisme:

“Je n’aime pas beaucoup le nationalisme. Un écrivain ne peut pas aimer le nationalisme parce que c’est très dangeureux. Le nationalisme c’est l’étroitesse personnifiée, c’est utile politiquement peut-être, mais enfin pour l’écrivain c’est toujours restrictif.” (41) Kateb Yacine

Cela nous rappelle Mallarmé lors de sa scission avec le Parnasse:

“J’abomine les écoles, et tout ce qui y ressemble” et “Je répugne à tout ce qui est professoral appliqué à la littérature”.

Cette littérature idéologique tire sa force du Pouvoir politique par les moyens mis à sa disposition et s’arroge le droit, au nom de la Révolution ou de l’idéologie, de juger du fait littéraire. Une véritable Académie Française à son origine mais sans le panache ni la compétence de cette dernière, ni la subtilité et la doigté d’un Richelieu comme inspirateur et parrain.

Elle est appelée à se dessécher et à périr, tout comme le populisme qui, historiquement, constitue une réponse à une crise de développement et qui est transitoire, provisoire, et, en attente de l’industrialisation. Déjà, le seul écho que cette littérature rencontre est celui des magazines littéraires qu’elle dirige ou le zèle d’un chercheur en quête de l’insolite. Les thèmes sont les mêmes : la lutte pour l’indépendance terminée il y à belle lurette, le combat contre l’impérialisme et le colonialisme avec les clichés classiques. Elle est en général ennuyeuse et insipide. De bonnes rédactions - avec le concours de l’éditeur ! - de classes du secondaire. Mostéfa Lacheraf, au colloque sur le roman maghrébin, en 1968, a bien décrit ce genre “litteraire” en s’en prenant au “nationalisme anachronique”:

“Aujourd’hui, le folklore et l’exploitation abusive de l’héroisme guerrier sont devenus les deux mamelles de certains pays du Maghreb et remplacent successivement et sur une plus grande échelle encore la sous-culture colonialiste exotique et l’épopée légionnaire et patriotarde par laquelle s’est prolongée chez nous la domination française.” (42)

Certains écrivains, et parmi les meilleurs, défendent de plus en plus leur liberté et renoncent aux schémas classiques qu’on voulait leur imposer, de l’intérieur et de l’extérieur. Cela ne se fait pas sans une crise profonde.

Prenant conscience de la situation historique dans laquelle était née la littérature africaine, ces écrivains se sont sentis le devoir d’incarner les aspirations profondes de leur peuple. Jusqu’aux indépendances et même plus tard, leurs oeuvres étaient le miroir et le soutien de la décolonisation, ils avaient essayé, et essaient encore aujourd’hui, de faire un lien entre le passé culturel et le présent qui se construit. Mais ayant atteint une maturité dans leur art et tendant vers cette “Universalité avec fidélite a soi”, ils voient leur condition intellectuelle qui est le désir d’approcher de plus près la vérité, limitée par l’idéologie politique de leurs pays respéctifs. Ils semblent étouffer dans l’atmosphère du nationalisme. Ils se sont, pour la plupart, exilés. Nous les retrouvons en France ou ailleurs.

Le Voltaïque, Nazi Boni, dans la préface de Crépuscule des temps anciens, un véritable manifeste de l’Africanité, insiste sur la nécessité d’étudier en profondeur le contenu réel de l’Africanité, à base de la liberté de l’écrivain et non pas d’une idéologie. Il semble offrir une réponse à la crise actuelle, une nouvelle base de départ. Il fait appel à l’histoire et à un cas récent pour l’Afrique:

"Les empires coloniaux conquis au fil de l’épée s’écroulent parce que l’homme d’Outre-Mer a répondu une fois pour toutes à l’appel de la liberté. Ceux qui s’obstinnet à vouloir l’asservir courent au suicide.’

Il est conscient de la situation de transition du moment :

“Ballotée par des courants contraires, l’Afrique cherche sa voie dans les brumes et les tempêtes. Pourvu que radars et boussoles ne se détraquent pas.”


Lui aussi voit les effets néfastes du nationalisme :

Son micro-nationalisme sectaires, indice d’une crise de croissance aigue, s’oppose à son unité, demolit les apports positifs de l’Occident, déprécie la négritude, paralyse l’Africanité et constitue, à l’état de subconscient, le germe nocif d’une éventuelle resurgence de méthodes périmées.”

Il y a espoir mais le chemin à parcourir sera dur et long et non sans douleur :

“Et cependant, il faut qu’elle (l’Afrique) renaisse, s’adapte, se réalise. Ce n’est possible sans heurt que si elle surmonte son complexe d’aliénée, refoule ses rancoeurs, se reconcilie avec elle-même, avec le reste du monde, singulièrement avec l’Europe. Les phénoménes sociaux démontrent tous les jours que le chemin de l’humanisation des rapport entre les peuples ne passe ni par la haine ni par la guerre. En cette heure de libération des pays subjugués, alors que tout doit être mis en oeuvre pour bâtir de grands ensembles africains plutôt que de vitupérer, du haut des tribunes, la défunte domination coloniale, impose à nos élites l’impérieux devoir de s’atteler à la redécouverte de la
vieille et authentique Afrique.” (43)

Cela représente le nouveau bond, une nouvelle base après la Négritude, l’Arabité et le Nationalisme: c’est l’Africanité. Elle existait, elle s’est même exprimé, isolément sans doute, mais elle est présente et seulement timorée par les ornières du micro-nationalisme sectaire.

L’écrivain africain en prend conscience, il l’assume pleinement “pour bâtir de grands ensembles africains”. Et cette Africanité, elle-même, n’est pas une fin en soi, elle est nécessaire, elle est la seconde étape vers cette Universalité car, pour paraphraser André Gide, “la littérature la plus nationale, la plus raciale est aussi la plus universelle”.

Mais cette Africanité ne peut être atteinte qu’à travers la liberté, et la vraie liberté est celle de la condition intellectuelle. La littérature tout en étant un art en soi, est en même temps le reflet de l’âme d’un peuple. L’écrivain africain doit être libérer des entraves des idéologies politiques pour pouvoir assumer sa condition, son oeuvre, son pays et son peuple, et l’humanité entière. L’Algérien Kateb Yacine décrit cet écrivain, sans déclaration fracassante malgré les problèmes qu’il a eus avec son pays, tout simplement, lors d’une interview:


(le vrai poète)… c’est quelqu’un qui ne prétend pas faire de son verbe quelque chose qui domestique les hommes et qui leur apprend à vivre, mais au contraire quelqu’un qui leur apporte une liberté, une liberté souvent gênante d’ailleurs. Je crois que le vrai message du poète c’est ça. Ce n’est pas le fait de dire aux gens, vous devez faire ceci, ou vous devez faire cela, c’est justement de briser les cadres qui ont été tracés autour d’eux pour qu’ils puissent rebondir.” (44)

Le Gabonnais Gabriel Rokoungou, qui, malgré les haines et les guerres voulait enjamber toutes ces phases pour faire éviter à l’Afrique ces déchirements. En visionnaire, il écrivait en 1957:

“La forme des oeuvres se doit à la science, c’est à-dire au souci de ces primitifs de traduire, de concevoir l’univers extérieur. Ces styles n’oeuvrent pas en faveur d’une négritude quelconque; ils me semblent plutôt la manifestation preque à l’état fatal de l’intelligence humaine.” (45)


CONCLUSION

Cette étude n’est pas exhaustive. Nous nous sommes limités à la question du rapport de la littérature à l’idéologie en général et son expression dans le Nationalisme, et la littérature ayant comme centre de gravité le Nationalisme-même.

Pour pouvoir élaborer une conclusion d’une certaine ampleur et valeur, il aurait fallu traiter un thème plus complet, c’est-à-dire “idéologies” au pluriel - parce que mélant diverses classes, incarnées dans les divers systèmes philosophiques, liées aux diverses institutions et qui nouent avec la littérature des rapports plus étroits. Ce que j’espère aborder prochainement.

Mais d’ores et déjà, nous constatons que les rigueurs de la lutte idéologique tendent à priviligier les secteurs où elles se déroule le plus durement. Elles tendent aussi à réduire les recherches, les discussions, à leur seul tournant idéologique, voire politique. L’idéologie accapare la littérature et l’empêche de déboucher sur la production de nouveaux concepts, nécessaires à sa mue, et, la stoppe là pour fabriquer à grande vitesse quelque image type où le contenu idéologique se lit plus clairement. La littérature devient alors un ensemble de règles, l’exposé d’un délire codifié, une transe rituelle et collective.

A ce stade de la recherche, il me semble que la littérature ne peut être envisagée comme un pur et simple lieu politique où l’idéologie se donnerait à lire, et elle seule. Mais il me paraît difficile que la littérature puisse être envisagée comme une production totalement singulière, un fonctionnement pur de toute idéologie, réduit au simple jeu de structures propres, et propres au langage.

Dans la littérature africaine, deux tendances sont nées de ce conflit. Une sous-littérature, malheureusement la mieux connue, produit d’un “degré zéro” du conflit entre la littérature et l’idéologie. Cette littérature se définit par l’identification complète des personnages à l’idéologie de son pays. Tout le roman est la formule développées: “qui est le Bien - que définit l’auteur en fonction de l’idéologie - est récompensé; qui est dans le Mal est puni”; ou les thèmes du “méchant” colon et blanc; ou le “sanguinaire” impérialiste; etc… un véritable masochisme collectif exprimé par une sorte de “nostalgie” de l’époque coloniale. Le récit se ramène à une fable simple, qui s’étire, laissant des espaces pour le codage de l’idéologie.

La seconde tendance, dit et dénonce l’idéologie. Si elle n’a pas trouvé d’issue à la literature, elle offre une capacité de resistance aux idéologies. Elle fait un travail ingrat, celui de dé-mystification. Elle le fait avec plus ou moins de bonheur.

Que sera la littérature africaine ? Hormis quelques écrivains dignes de ce nom, et qui peuvent se compter sur les doigts d’une main, je crains de clore ma conslusion par un grand point d’interrogation.

Ou peut-être, souhaiterai-je, à haute voix, que nous, en tant que “critiques” de cette littérature, devrions faire un effort pour découvrir les nouveaux talents - et sont-ils nombreux “ces célèbres inconnus” - mais en leur appliquant la rigueur de l’analyse, de la critique littéraire, tel que nous le faisons pour un Chrétien de Troyes, un Voltaire, un Giraudoux, au lieu de se laisser attendrir par un tam-tam dans la brousse ou un voile bleu de Targui…

Négliger les superficialités africaines, poudre d’escampette, pour aller à “la vieille et authentique Afrique” comme on va au coeur de “la doulce France”.

Peut-être aussi, devrions-nous laisser se reposer, pour quelque temps, les vieux routiers de la négritude, de l’arabité et de l’aliénation.

Notre travail sera un peu plus difficile que de battre des chemins déjà battus, que de défoncer des portes ouvertes, mais peut-être, aiderons-nous à faire éclore cette littérature, celle qui mérite ce titre.


 Notes :
(1) Djibril Tamsir Niane, Soundjata ou l’épopée mandingue” (Paris: Présence Africaine, 1960), page 9
(2) Orient
(3) Occident
(4) Les Fondements de l’Africanité ou Négritude et Arabité. (Paris: Présence Africaine), pp. 99-100
(5) Héros berbère de l’Algérie, Province romaine
(6) Anthologie des écrivains maghrébins d’expression française, ed. Albert Memmi et al., 2e ed. (Paris: Présence Africaine, 1965), p. 35.
(7) “Eclatement Pluriel”, in Espoir et Paroles, ed. Denise Barrat (Paris: Séghers, 1963), pp. 233-237
(8) Pierre Macherey, Pour une théorie de la production littéraire (Paris: Maspero, 1966), p. 137
(9) Louis Althusser, Pour Marx, (Paris: Maspero, 1965), p. 241.
(10) Ibid., p. 240
(11) Ibid., p. 238
(12) “Editioral”, El Moudjahid (16 avril 1958)
(13) Journal de bord”, Sahara (été 1960)
(14) S. Verba “Comparative Political Culture”, in Political Culture and Political Development, ed. L. Pye and S. Verba (Princeton: P.U.P., 1965), p. 513
(15) Ibid., p.8
(16) Paysans
(17) Malek Haddad,”Ecoute et je t’appelle. Les Zéros tournent en rond (Paris: Maspero, 1961), p. 10
(18) Le Combat algérien”, in Espoir et Parole, ed. Denise Barrat (Paris: Séghers, 1963), p. 20
(19) La Toussaint des énigmes” (Paris: Présence Africaine, 1963), p. 36
(20) Le Toujours de la Patrie” (Paris: S.N.E.D.-Oswald, 1962), p. 72.
(21) J. Fabre, “Réalités et utopie dans la pensée politique de Rousseau”, in Annale de la Société J.-J. Rousseau (1963), p. 181.
(22) Yves Benot, “Diderot, Pechemja, Raynal et l’anticolonialisme”, in Europe, No. Special “Diderot”, (Janv.-Fév. 1963)
(23)  Mohamed Dib, Ombres gardiennes (Paris: Gallimard, 1961), p. 25
(24) Larive”, in Panorama de la littérature négro-africaine, by Edouard Eliet (Paris: Présence Africaine, 1965), p. 34
(25)
(26)
(27) “Le Cahier d’un retour au pays natal”, in Panorama de la littérature négro-africaine, by Edouard Eliet (Paris: Présence Africaine, 1965), p. 84
(28) Opisc. Cit., p. 15.
(29) Jacques Rabemananjara, “Antsa”, in Panorama de la littérature négro-africaine, by Edouard Eliet (Paris: Présence Africaine, 1965), p. 102
(30) Les Enfants du Nouveau Monde. (Paris: Julliard, 1962), p. 82.
(31) Cite par Albert Memmi et al., ed. In Anthologie des écrivains maghrébins d’expression française (Paris: Présence Africaine, 1965), p. 179
(32) Vehi-Ciosane (Paris: Présence Africaine, 1966), pp. 15-16.
(33) Professeur, critique littéraire et spécialsite, le plus lucide et objectif, de la littérature algérienne et maghrébine
(34) Plateforme politico-idéologique élaborée par le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) et le Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA) en juin 1962, à Tripoli, pour donner une orientation politique à l’Algérie, à la veille de l’indépendance. Cette plateforme fait suite, et en s’opposant radicalement, à la Chartre du Congrès de la Soummam (1956), première plateforme révolutionnaire écrite par les combattants de l’intérieur, et non les politiques comme ce fut le cas pour celle de Tripoli, sous l’égide des extrémistes du FLN. Ces deux dates historiques sont très importantes quant à la compréhension des soubressauts politique et littéraires algériens et éclairent la mention de “l’attitude pendant la guerre de liberation” que nous retrouvons dans le Manifeste aussi bien que dans l’ébauche de la Constitution algérienne. Ces deux dates n’ont pas fini de jouer un role de premier plan dans l’évolution de l’Algérie, dans tous les domaines.
(35) Le Manifeste des Ecrivains Algériens”, Présence Francophone, No. 4 (Printenps 1972), pp.207-208
(36) Ibid., p. 207
(37) Chartre de Tripoli (juin 1962), p. 32.
(38) Ibid.
(39) E. Shils “The Concept of Populism”, cite par P. Worsley, in Populism, ed. G. Ionescu and E. Gellner (London: Weidenfeld & Nicolsen, 1969), p. 244.
(40)  A System Analysis of Political Life (London: J. Willy, 1965), p. 177
(41) Cité par Albert Memmi et al., ed. In Anthologie des écrivains maghrébins d’expression française (Paris: Présence Africaine, 1965), p. 180
(42) Jean Dejeux “Littérature nord-africaine d’expression française”, in L’Esprit Créateur, vol. XII, 4 (1972), p. 247
(43) Crépuscules des temps anciens, Chronique du Bwamu (Paris: Présence Africaine, 1962)
(44) Cité par Albert Memmi et al., ed., in opisc. Cit., p. 180.
(45) Cité par Edouard Eliet, in opisc. Cit., p. 21

LISTE DES OUVRAGES CITÉS

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BENOT, Yves. Diderot, Pechemja, Raynal et l’anticolonialisme. Europe, No. Spécial, Diderot, janv.-fevr. 1963

BONI, Nazi. Crépuscule des temps anciens, Chronique de Bwamu. Paris: Présence Africaine, 1962

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DEJEUX, Jean. Littérature nord-africaine d’expression française. L’Esprit Créateur, XII, 4, 1972

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SEMBENE, Ousmane. Vehi-Ciosane. Paris: Présence Africaine, 1966

SENGHOR, Léopold Sédar. Les Fondements de l’Africanité ou Négritude et Arabité. Paris: Présence Africaine, 1965

TIDAFI, Nordine. Le Toujours de la Patrie. Paris: S.N.E.D.-Oswald, 1962

 

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