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stratégie de lutte contre le terrorisme

par Rémy Mauduit (Madoui)





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Historiquement, le terrorisme est avant tout une tactique, un instrument de (ou un substitut à) la guérilla qui démultiplie le sentiment d’insécurité par l’impact social de l’acte violent terroriste (FLN en Algérie, ETA en Espagne, IRA en Irlande…). Le terrorisme se veut avant tout une stratégie de la déstabilisation. L’effet de terreur est précisément celui qui est prioritairement recherché par les terroristes.

L’objectif premier de celui qui utilise la violence terroriste est de se faire reconnaître comme un acteur stratégique et, à terme, politique. Le terrorisme coutumier avait pour objectif la contestation violente d’une situation politique jugée intolérable. La démarche est rationnelle et l’assassinat n’est qu’un moyen de faire connaître certaines revendications. Le terrorisme de décolonisation et de libération appartient à cette catégorie. Désormais, on est sorti de la logique des groupes structurés à revendication explicite pour voir apparaître une nouvelle génération de terroristes transnationaux aux mots d’ordre génériques et universels. La « totalité » du message du nouveau terroriste supprime le message ancien que convoyait l’attentat entre l’Etat et le terroriste. Celui-ci peut donc frapper de façon massive puisqu’il n’attend pas une réponse tangible de l’adversaire, telle que l’indépendance. Il s’agit alors d’une guerre sans merci qui a été déclarée par un groupe de personnes déterminé à tout ce qui ne coïncide pas avec leurs valeurs.

L’extrême violence des actions terroristes aveugles contemporaines confirme le sentiment de leur totale irrationalité, résultat d’une vision du monde totalitaire et rejetant le multiculturalisme et les droits et libertés les plus fondamentales. Cette forme de terrorisme pose les premiers jalons d’une nouvelle forme de conflits pour le XXIe siècle.

Le terrorisme trouve souvent son terreau dans la pauvreté, les injustices, le désespoir et les inégalités difficilement supportables qui rendent la vie sociale particulièrement explosive. Le terrorisme actuel est, de surcroît, exaspéré par la confusion entre les pouvoirs politique et spirituel dans les pays islamiques et le vivier établi à l’échelle planétaire par les extrémistes salafistes et wahhabistes dans les mosquées, les madrasas, les associations caritatives qui prêchent l’identitarisme islamique et la rupture avec les autres cultures. Dans ces conditions, la religion devient le lien nécessaire de solidarité. La mosquée devient un endroit de contestation des régimes installés au pouvoir depuis les indépendances, de la mondialisation et de l’immigration musulmane en Occident. On voit ainsi apparaître de nouveaux groupes dont la plupart se réfèrent à une conception dévoyée de l’Islam plus proche de la secte apocalyptique que des mouvements contestataires et politiques. Le terroriste devient alors un fanatique, un serviteur de Dieu, qui n’attend d’espérance que de l’autre monde. Al Qaida et ses acolytes apparaissent ainsi comme des groupuscules très dangereux, non parce qu’ils seraient l’expression ultime d’une lutte des civilisations mais parce que ce sont des mouvements marginaux, nihilistes, psychotiques et sectaires.

En fait, la sécurité nationale américaine rejette explicitement l’idée que la guerre contre le terrorisme serait un choc des civilisations : « L’ennemi n’est pas une personne ou un régime politique unique, ni une religion ou une idéologie unique. L’ennemi est le terrorisme – violence préméditée, issue de motivations politiques, perpétrée envers des innocents. » Président Georges W. Bush, Maison blanche, 17 septembre 2002 in The National Security Strategy of the United States of America.

L’assimilation du terrorisme à la guerre sainte par ces terroristes constitue la phase ultime de la justification de la violence et place le monde islamique au cœur du conflit. De ce fait, ce radicalisme amplifie le fait que l’objectif final des commanditaires des attentats est de déstabiliser certains Etats musulmans modérés afin de provoquer un embrasement généralisé, un affrontement total et sans merci, entre les « vrais musulmans » et les infidèles (les Etats-Unis et le monde occidental) ainsi que les « apostats » (plus de 2 milliards de musulmans qui ne partagent pas leur délire) qui leur sont assimilés.

Le terrorisme « religieux » est plus dangereux que celui qui revendique des motivations purement sociales, économiques et politiques. Il est exportable. Il est messianique. Il renonce à tout dialogue avec l’Occident dans un processus de radicalisation violent. Il déclare une guerre sans limites de temps, d’espace et d’adversaires, avec des réseaux toujours recomposés. Dans ces conditions, les victoires n’apparaissent qu’avec le temps mais l’objectif primordial d’une stratégie de lutte contre le terrorisme demeure la mise hors d’état de nuire d’un ennemi largement déterritorialisé. Des frappes militaires de toute nature (utilisation d’aéronefs, de raids de commandos ou d’opérations conduites par les services spéciaux) répondent de façon systématique à ce terrorisme. Dans cette stratégie, la Force aérienne et spatiale joue un rôle vital : affaiblir l’adversaire et le paralyser; surveiller et localiser les zones ennemies... Le reste, qu’il s’agisse de la résolution de conflits comme celui du Proche-Orient, de l’instauration de régimes à la fois plus représentatifs et respectueux des règles internationales dans le monde arabe et islamique, ou du remède à l’inégalité internationale entre les sociétés, peut certes être un moyen de mieux atteindre cet objectif essentiel, mais il lui est subordonné. Une analyse attentive des conditions politiques, économiques et sociales permettant de déterminer les causes profondes de la violence doit accompagner la destruction de l’écosystème du terrorisme international.

La stratégie de la lutte contre le terrorisme des Etats-Unis est basée sur l’inacceptation d’attendre que la menace se concrétise, et sur la capacité de maîtriser le temps du conflit. La sécurité américaine devient une sécurité préemptive : « Etant donnés les buts des Etats voyous [rogue states] et des terroristes, les Etats-Unis ne peuvent plus compter uniquement sur une attitude réactive comme nous l’avons fait par le passé. L’incapacité à dissuader un attaquant potentiel, l’immédiateté des menaces d’aujourd’hui, l’ampleur du mal potentiel qui peut être causé par le choix des armes de nos adversaires ne nous laissent pas le choix ». (National Security Strategy, Maison Blanche, septembre 2002)

Cette stratégie est essentiellement axée sur l’identification des menaces et leurs désamorçages avant qu’elles n’atteignent les frontières des Etats-Unis. Elle prévoit l’utilisation de tous les outils dont dispose la puissance américaine, à savoir la diplomatie, l’économie, la répression criminelle, les finances, la diffusion d’information, les renseignements et l’armée. Cette stratégie compte également beaucoup d’autres composantes clés et s’inscrit dans le cadre d’un concept stratégique plus large de «défense en profondeur ».

Dans le cadre de cette défense en profondeur, la Maison blanche a publié, le 14 février 2003, un document de 30 pages intitulé la « Stratégie nationale de lutte contre le terrorisme ». Cette stratégie a été mise sur pied afin de compléter d’autres éléments de la National Security Strategy, y compris les sous-stratégies en matière de sécurité intérieure, d’armes de destruction massive, de cyberspace, de protection des infrastructures à risque et de contrôle de stupéfiants. Elle repose sur quatre piliers, à savoir le combat, le déni, l’amélioration et la défense, quatre éléments qui doivent être mis en oeuvre simultanément.

Si la prévention et la force militaire restent des éléments importants, la stratégie reconnaît que la guerre contre la terreur ne se gagnera pas sur le champ de bataille et met en exergue une politique forte en insistant sur les éléments garantissant une politique à long terme tels que la répression criminelle, les campagnes publiques d’information et le développement économique. Des versions antérieures de cette stratégie avaient mis davantage l’accent sur la coopération internationale en matière de répression criminelle.

Vous pouvez aussi lire cet article dans la revue Air & Space Power Journal

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